Avant.


Avant. Moins tu comprends, plus tu es libre. Avant d’être maintenant, il y avait l’espoir d’un demain meilleur. Avant, c’est le champs des possibles encore ouvert. Avant, c’était avant. Quand tout semble compromis et que les dernières lueurs faiblissent, on ne connait pas l’avant. Pourtant, aujourd’hui est bien avant demain mais c’est comme rien.
Dans la finalité tout fait bloc. Les jours sont des wagons lancés à toute allure, sans direction.

Alors on se rattache à un stylo, un carnet, un combat, une foi, ou bien les yeux d’un nouveau-né.

On parle steaks hachés, projets, voyages, vaccins, mondialisation, sommeil, météo, pollution, petits chats et odeur de merde.


On lit, on lit plein de trucs sur les abeilles, l’énergie, la bouffe, les taxes, les expos tendances, la politique, la santé, le retour du néo-nazisme, le sport, la guerre et notre horoscope.


On regarde les autres, nos pieds, des vitrines, un arbre, sa bouche, tes mimiques, les nuages, des centaines de vidéos, sur des milliers de sites, sur des millions de thèmes. Le tout martelé de publicités, plus ou moins, bien ciblées.


On entend des bruits, beaucoup de bruits, des sons, des mélodies, des crissements, des voix, des bips, des cris et des prières.


On touche tout, tout ce que l’on peut atteindre. Toucher. Toucher, c’est un peu s’approprier. On se touche les corps, de la tête aux pieds. On touche frénétiquement le sexe. Le sien. Les autres. On touche jusqu’à ne plus sentir.
On perd le gout, à gouter presque tout.
Ça sent la fin. On le sent bien ce parfum de presque rien !


Pourquoi continuer si tout est déjà joué ?


Nous sommes ces humains nés dans les chutes et en attente de la foudre. La carapace est épaisse mais l’on pleure pour de lointaines futilités.
Quant aux drames : ils sont notre quotidien. Nous les traversons sans la moindre tension apparente. Ils glissent sur nos cuirasses comme l’eau sur la plume.
Quelle est sauvage l’envie de prolonger, d’être, de se sentir en vie.

 


Brutal désir de vouloir, encore un instant, tout chérir.

 

Gauthier Ployette

© 2020 A9Z1